Algérie: La société civile se mobilise contre la répression du hirak

Rédigé le 28/05/2021
MAP


Alger - Plusieurs organisations et collectifs de la société civile ont lancé un appel à la constitution d'un "front contre la répression", qui s'abat sur l'Algérie depuis plusieurs semaines.

Face à un Hirak "toujours aussi présent et déterminé, l'impasse dans laquelle se trouve le pouvoir le pousse à faire de la répression la seule feuille de route si ce n'est l'unique, pour domestiquer une société en rupture avec un système politique éculé et qui tente de légitimer la répression policière", selon les signataires de l'appel.

Cette initiative, qui intervient après l'interdiction des marches anti-régimes notamment à Alger où la répression contre les manifestants s’est accentuée, dénonce une "gestion sécuritaire qui ne manque pas de "dangerosité".

L'appel vise à faire la pression sur les autorités algériennes pour "l’arrêt immédiat de la répression, la libération de tous les détenus d'opinion et la suspension des poursuites judiciaires".

Tout en fustigeant une "gestion sécuritaire" dont le "seul objectif est d’éteindre le mouvement populaire, le Hirak", les signataires de l'appel rappellent qu'une première réunion a permis de baliser les bases d'une "action unitaire contre la violence répressive du pouvoir, destinée à éteindre le Hirak et réduire à néant les droits humains les plus élémentaires".

Ils déplorent, dans ce sens, un "constat amer", un "climat d'insécurité" et "le règne de l'arbitraire avec plus d'un millier d'interpellations depuis deux vendredis, des dizaines de gardes à vue, des mandats de dépôt et de lourdes condamnations à l'issue des comparutions immédiates", en précisant que "plus de 130 détenus d'opinion croupissent dans les geôles, alors que des dizaines de poursuites judiciaires sont en cours".

L’appel signé notamment par le Comité algérien contre la torture et les conditions carcérales inhumaines, le Comité national de libération des détenus, la Coordination nationale des universitaires algériens pour le changement ou encore la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (LADDH), ainsi que par des universitaires et des avocats, affirme que les initiateurs ont "engagé des contacts avec les Ligues des droits de l’Homme, des collectifs du Hirak, des partis impliqués activement dans ce mouvement populaire ainsi que des syndicats et les collectifs d’avocats afin de constituer un "large front contre la répression qui s'est abattue sur le Hirak et qui s'accentue dangereusement à l'approche de l'échéance électorale du 12 juin".

Plus de 2.000 manifestants ont été interpellés durant les 12 jours derniers, dont près d'une centaine ont été placés en garde à vue et une soixantaine sous mandat de dépôt", selon le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi.

Tout en qualifiant la situation d'"inquiétante", M. Salhi a fait savoir que rien que vendredi dernier il y a eu au total près de 800 interpellations dans 15 wilayas sur 58.

Si la plupart des interpellés ont été relâchés dans les heures qui ont suivi, une cinquantaine ont été présentés dimanche devant les tribunaux et 17 condamnés à un an de prison ferme.

Il s'agit d'un record d'interpellations rarement égalé durant ces 20 dernières années, selon des organisations de défense des droits humains, qui rappellent qu’il faut revenir jusqu’aux épisodes sinistres de la décennie noire des années 90 pour retrouver des chiffres ou des bilans aussi similaires en matière de répression sécuritaire.

Depuis le début du soulèvement populaire contre le régime, le 22 février 2019, le placement en détention de militants, d'activistes, de journalistes et de manifestants du Hirak n’a pas atteint une aussi inquiétante situation.

Les défenseurs des droits de l’homme en Algérie, ont tiré la sonnette d’alarme plusieurs fois pour ce qu’ils considèrent comme "une atteinte grave aux droits de l’Homme et à la liberté d’expression" et ont appelé les hautes autorités du pays à "cesser les poursuites contre les militants et manifestants pacifiques".