Algérie: le Hirak asphyxié dans la rue, sauf en Kabylie

Rédigé le 29/05/2021
AFP


Alger - Pour la troisième semaine d'affilée, la marche du mouvement antirégime du Hirak a été bloquée vendredi à Alger, ainsi que dans plusieurs autres villes du pays, le pouvoir étant déterminé à neutraliser toute contestation avant les élections.

Dans la capitale, un impressionnant déploiement policier a empêché dès le début de la matinée toute velléité de défiler dans le centre-ville, ont rapporté les médias et les réseaux sociaux.

Selon Ramdane Tazibt, un dirigeant du Parti des travailleurs (PT, trotskyste), "toutes les voies qui mènent à Alger étaient obstruées par d'innombrables barrages de police".

Quelques dizaines de personnes ont toutefois réussi à se rassembler après la prière du vendredi à El Harrach, dans la banlieue d'Alger, et à Aïn Benian, une autre commune de banlieue, selon des vidéos postées sur Facebook.

"Pas de vote avec les bandes de maffieux", ont scandé les protestataires, réaffirmant leur rejet des élections législatives anticipées convoquées le 12 juin, un scrutin "illégitime" à leurs yeux.

D'autres manifestations ont été empêchées à Oran, Constantine et Annaba, selon les médias.

En revanche, plusieurs milliers de personnes ont défilé à Tizi Ouzou et à Bejaïa, en Kabylie (nord-est), région traditionnellement frondeuse, où les hirakistes ont vilipendé le prochain scrutin et réclamé la libération des détenus d'opinions.

Comme les précédents vendredis, le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), une association de soutien, a fait état d'interpellations à travers le pays. La plupart sont ensuite, relâchés, mais d'autres sont poursuivis en justice.

Pour empêcher la poursuite des marches du Hirak à l'approche des élections, le ministère de l'Intérieur oblige les "déclarer" au préalable auprès des autorités, ce qui revient à les interdire.

Depuis cette décision, les rassemblements du Hirak -- un mouvement inédit, pacifique et sans véritable leadership -- ont été réprimés sans ménagement par la police à Alger et dans plusieurs préfectures.

Plus de 2.000 manifestants ont été interpellés, dont près d'une centaine ont été placés en garde à vue et une soixantaine sous mandat de dépôt, selon Saïd Salhi, le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (LADDH). Une vingtaine ont été condamnés en début de semaine à des peines de prison ferme.

Plus de 180 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le CNLD.

Outre les journalistes indépendants, le régime cible également les opposants politiques, comme en témoigne la procédure de dissolution lancée par le ministère de l'Intérieur contre le Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), une association à la pointe de la contestation, déjà dans le collimateur des autorités.

Dans un communiqué, le Front des forces socialistes (FFS), le doyen des partis d'opposition, qui a décidé de ne pas participer au scrutin du 12 juin, a dénoncé cette semaine la "stratégie du tout-sécuritaire" du régime, dont le pilier reste l'armée, et mis en garde contre toute "logique de confrontation".

Malgré deux échecs cinglants --la présidentielle de 2019 et le référendum constitutionnel de 2020, marqués par une abstention record--, le pouvoir algérien est décidé à appliquer sa stratégie électoraliste, sans tenir compte des revendications de la rue (Etat de droit, transition démocratique, justice indépendante, etc).

Il affirme avoir déjà répondu aux principales demandes du Hirak et qualifie ses militants de "magma contre-révolutionnaire" à la solde de "pouvoirs étrangers".

Né en février 2019 du rejet d'un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, le Hirak réclame un changement radical du "système" politique en place depuis l'indépendance en 1962