Quand les élections du Bureau du Parlement panafricain tournent à la dérision

Rédigé le 02/06/2021
MAP - Hamid AQERROUT

Johannesburg - Ce qui ne devait être qu'une formalité est malheureusement devenu une scène de chaos. Le siège du Parlement panafricain (PAP) à Midrand, en Afrique du Sud, a été mardi le théâtre d'échauffourées entre délégations parlementaires, donnant l’image réelle d’une Afrique divisée.



Et pour cause, la représentativité des pays de l’Afrique australe, conduits par l’Afrique du Sud, dans cette institution de l'Union africaine. Des députés africains en sont même venus aux mains, se disputant l'urne qui devait permettre l'élection des instances dirigeantes du PAP, notamment le Bureau composé d’un président et de quatre vice-présidents.

Tout avait commencé à cause d’un désaccord entre les législateurs qui se disputaient la question de savoir si la présidence du PAP devait être alternée par région. Le débat, dirigé par le Secrétaire général de l’Institution parlementaire, M. Vipya Harawa, a vite tourné à la dérision et entraîné invectives et bagarre entre les députés.

Devant cette scène de désolation, certains députés ont même demandé l’intervention de la police, car, affirment-ils, ils ne se sentent pas en sécurité.

Alors que le caucus régional de l'Afrique australe, conduit par l’Afrique du Sud, défend vigoureusement le principe de la rotation de la présidence entre les cinq régions du continent, les autres caucus refusent l’alternance et optent pour les élections pour désigner les membres et le président du PAP.

«Pas de rotation, pas d'élections», ont scandé certains parlementaires, alors que d’autres se sont emparés d’une urne transparente en signe de refus de tout le processus électoral. Pemmy Majodina, un parlementaire sud-africain, a déclaré que la région de l'Afrique australe se doit de prendre les rênes du Parlement panafricain. «Nous devons mettre un terme à cette mascarade et donner à l’Afrique australe l’opportunité de diriger le PAP», a-t-il martelé.

Réponse du berger à la bergère, certains législateurs soutiennent que «l’Afrique du Sud et l’Algérie ne doivent pas prendre en otage le Parlement panafricain». C’est que certains fauteurs de troubles, comme l’Algérien Djamel Bouras, ex-président par intérim du PAP, ont fait irruption dans la plénière pour semer la discorde entre les délégations parlementaires africaines.

D’ailleurs, Bouras a été expulsé de la salle abritant les travaux, tout simplement parce qu’il n’avait pas le droit d’y assister puisqu’il n’est plus député de son pays, expliquent certains législateurs.

Dans une déclaration à la MAP, Mme Meryem Ouhssata, du Parti Authenticité et Modernité (PAM), a indiqué que la candidate du Mali, Haidara Aichata Cisse, qui a le plus de chances d'être élue en tant que présidente du PAP, a été harcelée depuis le début par le candidat du Zimbabwe, appuyé en cela par l'Afrique du Sud, en l'incitant à retirer sa candidature.

Les législateurs sud-africains, en complicité avec les députés zimbabwéens, ont essayé de retarder les élections par tous les moyens, a-t-elle souligné, arguant qu'en reportant les élections de jeudi à lundi, ils voulaient donner plus de chances au candidat zimbabwéen, sachant que les délégations soutenant la candidate malienne devaient retourner à leurs pays durant le week-end dernier.

«Malgré cette connivence, la candidate malienne a, le jour des élections, gardé toutes ses chances de gagner la présidence, ce qui a poussé les députés sud-africains et zimbabwéens à créer le chaos dans la salle», a dit Mme Ouhssata.

«Des menaces de mort ont même été proférées lors de cette séance électorale du PAP. Nos vies ont été menacées en tant que parlementaires», a-t-elle déploré, notant que lorsque toutes les tentatives des comploteurs ont été vouées à l'échec, Julius Malema, député sud-africain et chef du parti des combattants de la liberté économique (EFF), «a confisqué les urnes à l'aide de ses gardes du corps armés».

La députée a indiqué que d'autres moyens ont été utilisés pour perturber ces élections, comme éteindre les lumières et le système de climatisation de la salle, afin de pousser les députés à quitter le Parlement.

Et d’ajouter que face à cette situation de cul-de-sac, les caucus régionaux ont appelé, dans une lettre adressée à la présidence de l'Union africaine, à «changer le siège du PAP en le déplaçant vers un autre pays qui respecte les institutions parlementaires, les peuples et leurs représentants».

Idem pour M'Hamed Zakrani de l'Union constitutionnelle (UC) qui estime que la démocratie africaine a été sacrifiée lors de cette session du Parlement panafricain. «On est venu pour débattre de questions liées au développement du continent africain, notamment l'investissement, l'économie et les droits de l'Homme, mais rien de cela n'a été fait», a-t-il déploré.

Il a attribué l’échec de l’élection du Bureau aux députés de l'Afrique du Sud, du Zimbabwe et de l'Algérie qui, a-t-il dit, «veulent imposer leur dictature pour dominer les structures du PAP».

M. Noureddine Karbal du Parti Justice et Développement (PJD) est de cet avis. Il a déclaré que «l'Afrique du Sud veut un Parlement panafricain sur mesure, qu'elle peu dominer et exploiter politiquement».

Le Parlement panafricain a ouvert les travaux de la quatrième session ordinaire de sa cinquième législature, le 24 mai, en présence de délégations parlementaires des pays africains, dont celle du Maroc.

Le PAP, qui est l'un des organes de l'Union africaine, est composé de cinq membres par État-membre ayant ratifié le protocole qui l'établit, dont au moins une femme par État membre.

Le Parlement, qui ne s'était pas réuni depuis octobre 2019 en raison de la pandémie du Covid-19, tient au moins deux sessions ordinaires pendant une période de douze mois.