Un rapport remis au HCDH à Genève détaille l'ampleur de la répression et des violations des libertés civiles et publiques en Algérie

Rédigé le 04/06/2021
MAP


Genève - Un rapport remis récemment par l’ONG algérienne Riposte internationale au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme (HCDH) dresse un tableau sombre sur l’ampleur de la répression et des violations des libertés civiles et publiques en Algérie en toute impunité, tout en dénonçant la fuite en avant d’un régime militaire qui foule aux pieds les conventions internationales de protection des droits humains.

« L’heure est grave, la junte militaire méprise le peuple, défie toutes les instances internationales en dédaignant ses résolutions et ses appels à la raison, viole les droits de l’homme, les droits de l’enfance, des femmes, des handicapés et porte atteinte à la dignité humaine », fait constater le rapport de plusieurs pages, dévoilé par Riposte Internationale et relayé par des médias.

« Ce pouvoir autoritaire est en train de pousser, par sa répression, sa brutalité et ses viols, le peuple pacifique à répondre par la violence afin de justifier une répression sanglante des Algériens », souligne l’ONG, basée à Paris, qui appelle la communauté internationale à agir d'urgence et à « prendre des mesures dissuasives pour obliger les autorités à respecter la volonté du peuple ».

Dans son rapport, Riposte internationale dresse la liste des détenus d’opinion en Algérie, et des sites électroniques d’informations bloqués par le régime, tout en jetant une lumière crue sur les arrestations arbitraires, les abus et les sévices, y compris le viol, dans les centres de détention, les pratiques liberticides et totalitaires du pouvoir, outre les campagnes de désinformation, de mensonges, et d’intimidation à l’encontre des enfants, des femmes, des personnes âgées, des handicapés et de tous les manifestants qui portent « les revendications pacifiques et légitimes des millions d’Algériens ».

Le document qui fait état de faits et de chiffres « qui font froid dans le dos au regard de la répression qui s’abat à la veille des élections législatives imposées », fait observer que « le pouvoir a choisi la répression de tous ceux qui osent dénoncer l’arbitraire ».

Il dénonce « une situation de crise des droits de l’homme en Algérie, et leur violation devenue systématique et dans l’impunité ».

« Aux revendications pacifiques et légitimes des millions d’Algériens de mettre instamment en place un État démocratique respectueux des droits humains, et portées par le Hirak depuis le 16 février 2019, le régime a répondu par une fin de non-recevoir et la répression », fait constater le rapport.

L’ONG s’élève contre« l’indifférence » du régime face aux rappels de l’ONU du 5 mars et du 11 mai 2021 et aux mises en garde du Parlement européen, d’Amnesty international et des différentes ONG de défense des droits de l’Homme pour que cesse les arrestations arbitraires et la répression, soulignant que « les autorités s’enferment dans une attitude de fuite en avant en foulant aux pieds les conventions internationales de protection des droits humains que l’État algérien a pourtant dument ratifiées ».

« La répression n’épargne plus personne, les arrestations et les jugements arbitraires touchent aussi bien les journalistes et les intellectuels que les militants pacifiques, les blogueurs, y compris les mineurs et les handicapés », s’insurge Riposte Internationale, notant que la liste des atteintes aux droits fondamentaux est longue et il est impossible d’établir une liste exhaustive de toutes ces violations.

Le document s’est attardé sur des cas graves de violation des droits de l’homme constatés depuis le mois de janvier 2021, citant "l’effroyable, terrible et indigne" agression sexuelle commise par les forces de sécurité contre le jeune mineur, Chetouane Saïd à Alger.

« Cette atteinte à l’intégrité physique d’un enfant marque un tournant plus répressif pour terroriser les citoyens dans le but d’étouffer le Hirak », soulignent les auteurs du rapport, affirmant que si « la sacralité de l’enfance est violée, la dignité de la femme, des handicapés et des personnes âgées n’a pas été épargnée.

« Après la mort du porte-parole du Mzab, le docteur Kamel Eddine Fekhar, et du journaliste Mohamed Tamalt durant leur détention arbitraire, nous sommes très inquiets des conditions inhumaines de détention réservées aux détenus pour délits d’opinion et des conditions de vie déplorables du monde carcéral », alerte l’ONG, qui réitère sa requête pour qu’une enquête soit diligentée par le HCDH avec d’autres ONG.

« Une révolte pacifique de plus de deux ans, mobilisant des millions d’Algériens qui battent le pavé deux fois par semaine dans la majorité des villes algériennes sans céder à la moindre provocation tendue par le régime, a fini par forcer l’admiration des peuples un peu partout dans le monde », note le rapport.

"Devant cet état d’insurrection massive, mais pacifique du peuple algérien, le régime militaire, à travers toutes les actions répressives qu’il a engagées jusque-là, ne cherche en vérité qu’à se renouveler sous une nouvelle façade civile", fait remarquer la même source.

« Ces dernières semaines, une arme a été utilisée contre les citoyens de la localité d’Akbou, wilaya de Bejaïa, une arme qui lance des projectiles sous forme de petites seringues au contenu inconnu avec aiguille en forme d’hameçon. Et si la victime tente de la retirer les dégâts risquent d’être plus graves, car elle peut sectionner les veines et les artères », affirme l’organisation qui exprime sa « grande inquiétude quant à une probable utilisation d’arme non conventionnelle ».

Le débat et l’espace public sont fermés et les champs médiatiques et politiques verrouillés, détaille l’ONG.

« Se sentant fort de son appareil répressif et à l’abri de toute pression étrangère garant de l’impunité du régime, ce dernier se voit conforté dans ses options répressives contre des citoyens pacifiques », ajoute-t-elle.