Revue de la presse quotidienne internationale maghrébine

Rédigé le 11/06/2021
MAP


Tunis - Les derniers développements sur la scène politique en Tunisie, la vague de répression massive à la veille des législatives en Algérie et la nouvelle stratégie dans le domaine de la pêche en Mauritanie sont les principaux sujets abordés jeudi par la presse maghrébine

Sous le titre "Intrigant", l'éditorialiste de "La Presse de Tunisie" écrit que le paysage politique vit en permanence le syndrome du provisoire qui dure, estimant que plus que jamais, les tendances vont clairement dans le sens inverse, notamment en ce qui concerne l'installation des instances constitutionnelles censées éviter au pays les blocages structurels et organiques.

On continue à distinguer une attraction complètement opposée à ce qu'on attendait, à ce qu'on aspirait, explique-t-il, déplorant une scène politique affectée par la dégringolade continue des droits et des devoirs.

"C'est toujours quand il y a un blocage que l'on pense aux instances constitutionnelles. Le plus inquiétant est celui qui existe, en l'absence d'une Cour constitutionnelle, entre les trois présidences", soutient le journal, notant que la crise institutionnelle, qui est devenue un terrain d'affrontement entre Carthage, Le Bardo et La Kasbah, risque de durer encore plus longtemps, voire s'éterniser.

D'après l'éditorialiste, les idées, les alternatives et les solutions, mais aussi les volontés, sont souvent évoquées, mais elles se volatilisent quand on n'y donne pas de suite.

Il fait observer qu'à défaut de légitimité, censée être obtenue par les élections, il n'y a pas vraiment une instance qui évolue aujourd'hui avec une référence explicite à une forme de gestion réglementée, relevant que le contexte actuel constitue un exemple révélateur du provisoire qui dure.

Entre réformes et conservatisme, l'urgence serait de moraliser le paysage politique, insiste-t-il, préconisant des instances qui soient reconnues dans la vocation qu'elles méritent et plus grandes que n'importe quelle autre partie prenante.

L'impératif est de protéger la Tunisie qui construit sa démocratie et son avenir, même de ses principaux acteurs, ajoute-t-il, précisant que le besoin se fait aujourd'hui sentir : réinventer en profondeur les règles et les bases à travers lesquelles chaque partie se revendique.

Selon le quotidien, les différents acteurs donnent de plus en plus l'impression d'être en déphasage avec la réalité et se renvoient la balle dans un environnement fait de doute, de réticence, de réserve et de restriction.

Et c'est là toute la base d'un renoncement constitutionnel, notamment lorsqu'il est mené avec insignifiance et imperceptibilité, détaille-t-il.

Finalement, quelles perspectives pour un paysage politique dont les principaux acteurs sont défaillants? Quelles solutions, quelles alternatives, quelles ressources et quels moyens pour faire face aux exigences d'un environnement réincarné, transfiguré?, se demande-t-il.

Il indique qu'on aurait aimé que les instances constitutionnelles, dans leur différentes vocations et prérogatives et à travers ce qu'elles sont censées véhiculer et entraîner, puissent servir à l'évolution du rôle et de la mission des hommes politiques.

De son côté, "Le Quotidien" fait remarquer que précarité économique, problèmes sociaux et d'ordre sanitaires, outre les défauts en infrastructures, préoccupent la majorité des Tunisiens.

Citant le rapport mensuel du Forum Tunisien pour les Droits Economiques et sociaux (FTDES), il fait état d'une montée en flèche des protestations sociales tout au long du mois de mai 2021.

Le FTDES, à travers son observatoire social, recense 1155 mouvements de protestations sociales, soit une augmentation de 25% par rapport au mois d'avril 2021 et d'environ 220% par rapport au mois de mai 2020, note la même source.

D'après le rapport, environ 650 mouvements sont de nature instantanée, alors que les protestations sociales organisées se chiffrent à environ 490 mouvements.

En majorité, ces mouvements sont amorcés d'une façon anarchique car les manifestations non anarchiques ne représentent que 20% (222) de l'ensemble des manifestations observées durant le mois précédent, rappelle-t-il.

Le journal relève que les explications de l'ONG font apparaître que les sit-in observés poussent et forcent les institutions de l'Etat à interagir avec les revendications différentes, lesquelles sont en majorité de nature économique et sociale.

D'après la même source, 55% des mouvements de protestation concernent des revendications sociales, environnementales et sanitaires en l'occurrence.

En Algérie, "Le Matin d'Algérie" écrit qu'à la veille des élections législatives prévues le 12 juin, la répression massive affreuse atteint les 222 détenu-e-s d'opinion et politiques touchant un seuil affligeant d'une durée cumulée de 34 ans.

Après avoir enregistré un boycott majoritaire de l'élection présidentielle en 2019 et une abstention écrasante au référendum constitutionnel le 1er novembre 2020, les législatives prévues, d'ici un jour, seront inévitablement un énième échec des rendez-vous électoraux vains, estime-t-il.

Il fait observer que le régime qui s'est fixé, depuis deux ans, de redorer son blason à l'extérieur et surtout tenter de gagner la confiance du peuple recueille un constat accablant avec un objectif complètement manqué qui n'a cessé de répondre par une répression massive intolérable aux revendications légitimes d'un mouvement populaire pacifique.

La violence vise toutes les catégories de la société et toutes les organisations sans aucune exception : les activistes politiques, les journalistes, les avocats, les mineurs, les parties politiques, les syndicats, regrette-t-il.

Il note que cette situation amère est bien explicitée dans l'éditorial du journal français "Le Monde publié" en date de dimanche 06 juin et lundi 07 juin titré : "L'Algérie dans l'impasse autoritaire".

Selon l'auteur de l'article, cet écrit a eu un effet d'un séisme des plus violents dans les rangs de la junte militaire au pouvoir.

Il estime qu'après ces législatives, les prévisions des indicateurs de la répression s'accentuent de plus en plus en couleur rouge indiquant que le nombre des détenus d'opinion serait 250 personnes avec une durée cumulée de détention de près de 40 ans.

Le seul espoir est dans l'image brillante du grand mouvement populaire Hirak continuant de fructifier sa voie victorieuse qui n'arrête pas de susciter que l'admiration de l'humanité entière par son caractère tolérant, inclusif, national, pacifique et exemplaire, précise la même source.

Pour sa part, "Algériepartplus" fait savoir que le journaliste El Kadi Ihsane, l'une des rares plumes encore engagées et libres en Algérie, patron du média électronique "Radio M", et le célèbre opposant Karim Tabbou ont été interpellés jeudi à Alger par des éléments de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI), la principale branche des services secrets algériens, l’ex-DRS.

Selon le média, Karim Tabbou a été arrêté devant son domicile personnel à Douéra, dans la banlieue ouest d’Alger, tandis que le journaliste El Kadi Ihsane a été arrêté à Alger-centre non loin du siège de "Radio M".

Il précise que ces deux figures emblématiques de l’opposition algérienne ont été ensuite transférées au centre opérationnel de la DGSI à Ben Aknoun, la fameuse caserne Antar, où ils sont auditionnés à propos de leur supposée "implication" dans la diffusion de plusieurs appels à la désobéissance civile qui circulent ces derniers jours sur les réseaux sociaux.

Ces appels ont été lancés anonymement pour préconiser des grèves générales ou des actions de protestation pacifiques afin de renforcer le boycott du scrutin électoral du 12 juin prochain dans le cadre des élections législatives anticipées, précise la même source, qui note que les enquêteurs de la DGSI soupçonnent les deux personnalités d’avoir joué un rôle important dans l’élaboration et la diffusion de ces appels à la désobéissance civile.

En Mauritanie, la presse locale s'est intéressée aux grandes lignes de la nouvelle stratégie de la pêche maritime.

Les journaux expliquent que cette stratégie s'articule autour de deux axes principaux, dont le premier porte sur une gestion rationnelle, professionnelle et scientifique des richesses halieutiques.

Le second axe est lié à une meilleure utilisation du produit, précisent-ils, notant que les autorités ont souligné leur détermination à adopter une approche transparente dans la gestion du secteur à travers une application rigoureuse des lois et une exploitation rationnelle des richesses halieutiques.

Citant le ministre de la Pêche et de l'Economie maritime, Dey Ould Zein, qui s'exprimait lors d'une visite dans la capitale économique, Nouadhibou, les médias relèvent que "les facilités non nécessaires sont écartées" et que "les lois qui seront promulguées et mises en œuvre en plus de la transparence dans la gestion des transactions".

Le ministre a annoncé l'intention des autorités d'encourager les investissements dans les infrastructures selon une méthodologie claire, précisent ces médias