Algérie: 240 détenus d'opinion et politiques à la veille des législatives

Rédigé le 11/06/2021
MAP


Alger - A la veille des législatives anticipées, prévues samedi en Algérie, une vague de répression s'abat sur le pays avec un bilan de 240 détenus d'opinion et politiques.

Après avoir enregistré un boycott majoritaire de l'élection présidentielle en 2019 et une abstention écrasante au référendum constitutionnel le 1er novembre 2020, les législatives seront "inévitablement un énième échec des rendez-vous électoraux vains", a souligné le journal "Le Matin d'Algérie".

Le régime, qui s'est fixé, depuis deux ans, de redorer son blason à l'extérieur et surtout tenter de gagner la confiance du peuple recueille un constat accablant avec un objectif complètement manqué qui n'a cessé de répondre par une répression massive intolérable aux revendications légitimes d'un mouvement populaire pacifique", a dénoncé l'auteur de l'article.

Il a fait observer que la violence vise toutes les catégories de la société et toutes les organisations sans aucune exception : les activistes politiques, les journalistes, les avocats, les mineurs, les parties politiques et les syndicats.

Tout en qualifiant d'"amère" cette "situation, le journal relève que le pays est "dans l'impasse autoritaire".

Selon la publication, le seul espoir est dans l'image brillante du grand mouvement populaire Hirak continuant de fructifier sa voie victorieuse qui n'arrête pas de susciter que l'admiration de l'humanité entière par son caractère tolérant, inclusif, national, pacifique et exemplaire.

D'après des témoignages d'un grand nombre d'avocats et d'activistes algériens, les espaces de liberté rétrécissent de plus en plus en Algérie avec un système qui "s'évertue ces derniers temps à limiter les libertés".

"Les rues de la capitale étaient devenues des espaces de discussions et d’échanges. Les marches de la Grande-Poste accueillaient des débats entre citoyens, chacun donnant sa vision et son avis politiques. Aujourd’hui, le régime ne tolère plus le moindre espace d’expression libre", regrette l’avocat Abdelghani Badi lors d'une conférence sur la situation des libertés en Algérie.

Pour sa part, l’avocate Nabila Smail, très impliquée dans la défense des détenus du Hirak, a souligné que tout le monde a peur et tout le monde se pose des questions.

"Ceux qui doivent avoir peur, ce sont les gens qui sont en train de réprimer l’être humain et la liberté d’expression. Et la liberté de se réunir et de discuter, la liberté de critiquer et de dire que cette situation n’est pas normale", ajoute-t-elle.

"On assiste à l’utilisation de toutes les institutions de l’Etat pour protéger un régime et pas un peuple", critique-t-elle.

"Nous vivons la période la plus massive en matière d’interpellations par rapport aux premiers mois du mouvement", s’est alarmé de son côté le journaliste Zaki Hannache.

D’après le Comité national de défense des détenus et l'Organisation Algérienne de défense des droits de l'Homme, des milliers de personnes avaient été interpellées durant les derniers vendredis et ce, depuis que le gouvernement avait décidé d’interdire les manifestations du Hirak