Revue de la presse quotidienne internationale maghrébine

Rédigé le 17/06/2021
MAP


Tunis - Les derniers développements politiques en Tunisie, les législatives boudées par les Algériens et les négociations entre le gouvernement mauritanien et la société canadienne Kinross, sont les principaux sujets abordés jeudi par la presse maghrébine.

Sous le titre "L'échec d'un modèle !", l'éditorialiste de "La Presse de Tunisie" écrit que la crise politique aiguë que le pays traverse n'est que le reflet des dysfonctionnements du système politique post-2011.

Ce n'est pas seulement le résultat et la "culpabilité" des acteurs politiques actuels, mais c'est en partie les effets d'un système mal conçu et de conflits politiques antérieurs mal gérés, explique-t-il.

Il note que les mêmes causes produisent les mêmes effets : le bras de fer actuel entre le Président Kaïs Saïed et le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a été vécu aussi en 2018, d'autres crises sont survenues depuis pratiquement 2012, et à chaque fois, ce sont les mêmes soucis et un héritage lourd en aberrations et en mécanismes qui n'éclairent pas le chemin de ceux qui débarquent pour gouverner, et qui finissent par commettre les mêmes erreurs.

Coincés, déçus, frustrés, les adjectifs ne suffisent guère pour exprimer le mécontentement des Tunisiens qui aspiraient à un avenir meilleur, mais qui souffrent des tracas et du drame de la transition démocratique, commente-t-il.

Il souligne que le changement du système politique, entre autres et non seulement le mode électoral, est une obligation urgente, estimant que cela doit se faire en pleine concertation, mais avec des échéances et surtout un changement palpable.

"Si on se fie aux hommes politiques actuels, on ne peut pas être très optimistes. La majorité d'entre eux se trouvent dans ce système de gouvernance politique où le pouvoir est émietté, les responsabilités sont floues, l'impunité règne, le clientélisme et la corruption font rage", commente-t-il, faisant observer que ce qui s'est passé ne vaut rien devant les tares, devant les déceptions en tous genres.

"La bonne gouvernance politique, c'est aussi une bonne gouvernance économique, les deux sont liés, indique le journal, ajoutant que toute séparation entre le politique et l'économique est une absurdité. L'effondrement économique que nous vivons s'explique par les ratages politiques, par les défaillances du système politique qui a ouvert les portes à tous de régner, mais sans idées, sans suivi, sans la moindre responsabilisation, regrette-t-il, soutenant que le changement requiert du temps, oui, mais les priorités économiques n'attendent pas, et cela demande des politiciens de classe, qui savent aller au-delà de toutes les frictions et des conflits.

Pour sa part, "Le Quotidien", qui titre "Il est temps de lever le voile", indique que toujours droit dans ses bottes quand il s'agit de dénoncer les violations des textes de la Constitution et surtout la corruption qui gangrène le pays, le Président de la République dérange la pègre affairiste qui contrôle les rouages de l'Etat.

Vue de l'étranger, et c'est là que le bât blesse encore plus, la Tunisie donne l'image d'un pays ingouvernable, fait-il observer, notant qu'il s'agit d'une sorte d'hydre à trois têtes qui se donnent régulièrement des coups de dents et entraînent dans le sillage de leur délire maladif tout un pays.

"Un pays à la dérive qui se retrouve à la lisière du néant et de l'incertitude la plus absolue. Avec des dirigeants aussi irresponsables on comprend mieux ainsi pourquoi la Tunisie s'enlise chaque jour un peu plus dans la mélasse et n'arrive pas à quitter les bas fonds de la misère et de la déliquescence à tous les niveaux", regrette le journal, estimant qu'avec une classe politique aussi pourrie et incompétente, on ne se fait plus d'illusion pour l'avenir de ce pays qui ne s'annonce pas du tout rose malheureusement.

Faut-il se résigner pour autant et accepter cette situation intenable et dangereuse pour la survie de l'Etat comme une fatalité ? se demande-t-il, relevant que la réponse à cette question est bien évidemment un non catégorique.

Selon la publication, "les Tunisiens n'ont pas fait une révolution pour accepter à la fin ce fait accompli et laisser le pays à la merci de cette horde de pseudo-politiciens rapaces qui sont la cause directe de tous ses heurts et malheurs".

En Algérie, "Liberté Algérie" relève que c'est le taux de participation le plus bas, jamais enregistré dans l’histoire des élections législatives depuis l’instauration du pluralisme politique, relevant que seulement un Algérien sur cinq s’est déplacé aux urnes et le nombre de bulletins nuls a dépassé le million.

Lors de sa présentation des résultats des législatives de samedi dernier, le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Mohamed Charfi, a, une nouvelle fois, évité de donner le taux de participation.

Mais vu le nombre de votants estimés à 5,6 millions sur un peu plus de 24 millions d’électeurs inscrits, le taux est de 23,03%, précise-t-il, ajoutant que ce taux est de loin inférieur à celui annoncé le soir du scrutin, soit 30%.

Sous le titre "le désaveu populaire", "El Watan" fait savoir que plus de 18 millions d’électeurs ont boudé les urnes lors des dernières législatives, estimant que la future Assemblée populaire nationale (APN) a été élue par 4,6 millions d’électeurs. Le FLN arrive en tête avec 105 sièges, loin devant les indépendants (78 sièges), le MSP (64 sièges) et le RND (58 sièges).

Attendus depuis trois jours, les résultats du dernier scrutin n’ont pas révélé de surprises importantes, commente le quotidien, rappelant que finalement, le taux de participation était même inférieur à celui enregistré lors du référendum sur la révision de la Constitution du 1er novembre dernier (23,7%).

De ce fait, la nouvelle APN a été élue avec seulement 4,6 millions de voix exprimées, alors que le corps électoral est composé de plus de 24,4 millions d’électeurs, explique-t-il, soulignant qu'il s'agit d'un véritable désaveu.

Pour "Le Jeune Indépendant", "s’il est vrai que ces législatives se sont tenues dans un contexte très particulier, accablé par deux crises économique et sanitaire, organisées presque à la hussarde dans un laps de temps assez court, et caractérisées par une forte abstention, attendue du reste, de plus des deux tiers de l’électorat, le fait est là. Têtu, cynique et sans équivoque".

La prochaine Assemblée populaire nationale reconduira les mêmes acteurs, les mêmes forces, voire les mêmes profils politiques qui ont accompagné sans coup férir l’ancien régime honni de Bouteflika pendant plus de deux décennies, regrette-t-il.

Il fait observer que l’intrusion des indépendants n’y changera rien à la nouvelle-ancienne carte de l’échiquier politique compte tenu du fait que de nombreux candidats indépendants sont des transfuges du FLN et RND.

"Donc, on prend les mêmes et on recommence. Phrase qui revient comme un leitmotiv, expliquant d’une manière laconique la situation de statu quo politique qui domine l’actualité nationale", commente-t-il, ajoutant que pour de nombreux analystes, la bouderie des urnes par une large frange de la jeunesse algérienne aura été pour beaucoup dans ces scores, presque incroyables, deux ans après le début d’un vaste mouvement de contestation populaire et citoyenne.

Selon le journal, les conditions sociales n’ont guère favorisé le succès de ces élections avec une société fatiguée, exténuée par la pandémie et son stress, au seuil de la pauvreté pour les couches moyennes, un pouvoir d’achat malmené et laminé au gré des saisons, un chômage endémique, une croissance qui patine et une monnaie en perte de vitesse.

Il ajoute qu'il y a trop de facteurs qui s’ajoutent à la déception politique et à la perte de confiance entre le citoyen et son élu.

En Mauritanie, la presse locale s'intéresse aux négociations entre le gouvernement et la société canadienne Kinross Tasiast, qui exploite la mine d'or de Tasiast.

Cité par les journaux mauritaniens, le ministre de la Culture, de la Jeunesse, des Sports et des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, M. Moctar Ould Dahi a relevé que l'accord de partenariat avec Kinross Tasiast, a précisé que ces dernières ont permis d’augmenter les revenus versés par la compagnie avec un pourcentage qui passe de 3% à 6%.

D'après les mêmes sources, il s'agit d'une clause qui traduit parfaitement l’effort positif du gouvernement qui veut maximiser les recettes que la Mauritanie tire de l’exploitation de ses ressources.

Rappelant les révisions de cet accord, il a expliqué qu’un nouveau permis d’exploitation minière a été octroyé au projet de Tasiast sud, adjacent à sa mine et en contrepartie, la compagnie s’engage à régler un litige concernant des exonérations fiscales et la consommation du carburant qui ont dépassé 72 millions de dollars.

Ils ajoutent que dès lors, des négociations sérieuses et transparentes avec la compagnie sont toujours en cours de matérialisation dans l'intérêt de l’Etat, précisant que ces négociations, basées sur "la confiance réciproque", sont initiées par les ministres du Pétrole, de l’Energie et des Mines, des Finances et des Affaires économiques.