Revue de la presse quotidienne internationale maghrébine

Rédigé le 18/06/2021
MAP


Tunis - La crise politique en Tunisie, les résultats des législatives boudées en Algérie et le projet de loi portant autorisation de la double nationalité en Mauritanie sont les principaux sujets abordés vendredi par la presse maghrébine.

Sous le titre "Quand l'UGTT se rebiffe", l'éditorialiste de "La Presse de Tunisie" écrit que finalement, les syndicalistes ont décidé, à travers leur commission administrative nationale réunie, mercredi 16 juin, d'activer leur plan B, c'est-à-dire organiser le Dialogue national version 2021 sans que le Président, Kaïs Saïed, n'y préside les travaux ou n'y participe même de n'importe quelle manière.

Il fait savoir que les membres de cette commission ont pris la décision de rompre définitivement le dialogue, les concertations et les pourparlers avec le Chef de l'Etat en vue de mettre au point les conditions matérielles relatives à la tenue du Dialogue national, de définir les objectifs qu'il est censé atteindre et de choisir les partis politiques, les organisations et associations de la société civile ainsi que les personnalités dites "nationales" qui devraient y prendre part.

"Pour être plus clair, on peut affirmer que l'UGTT (Union Générale Tunisienne des travailleurs) a, enfin, désespéré du Président Kaïs Saïed, de la nouvelle approche qu'il cherche à imprimer au prochain Dialogue national dont il exige que les conclusions soient différentes des dialogues nationaux précédents", commente-t-il.

Il précise que les syndicalistes sont passés à l'acte en concrétisant leur promesse-menace de tenir le dialogue tant attendu même en l'absence du Chef de l'Etat ou du boycott par les services présidentiels de cette nouvelle rencontre dont les Tunisiens ne donnent pas l'impression d'attendre monts et merveilles, comme ce fut le cas en 2013 quand Nida Tounès, qui venait à peine de naître, Ennahdha, les partis de la gauche et certaines personnalités nationales avec "la compromission" de Mustapha Ben Jaafar, président de la Constituante à l'époque, sont parvenus à déloger Ali Laârayedh de La Kasbah et à y introniser Mehdi Jomaâ en le chargeant de veiller à la préparation des législatives et de la présidentielle d'octobre 2014 sans que lui-même et ses ministres n'aient le droit d'y participer.

L'UGTT et Noureddine Taboubi ont-ils réuni les conditions objectives pour que le Dialogue national puisse se tenir? Autrement dit, sont-ils armés des garanties nécessaires pour que les acteurs principaux du paysage politique national les suivent, consentent à tenir ce même dialogue et s'engagent à accepter et à appliquer les conclusions qui en résulteront?, se demande le journal.

Pour sa part, "Le Temps" indique qu'à couteaux tirés, la classe politique, auteur d'un "thriller politique" loufoque, attise le suspens.

Il fait savoir que l'UGTT a d'ailleurs décidé de retirer l'initiative du dialogue national au Président de la République, précisant que la tension monte d'un cran après que le président Saïed ait mis en doute le dialogue national de 2014 et le Quartet du dialogue national, Prix Nobel de la Paix en 2015.

Pour lui, le dialogue n'était pas réellement "national" faisant allusion à une intrusion étrangère, indique le journal, faisant savoir que la centrale syndicale exclurait également le gouvernement Mechichi de son dialogue.

Un pays à genoux, n'a que faire de gesticulations, de mesquineries devenues à la longue agaçantes, regrette-t-il

De son côté, "Le Quotidien" fait état d'informations contradictoires, dont la première version indique que le président Saïed aurait proposé à Mechichi de procéder à un nouveau remaniement ministériel. La deuxième indique qu'il lui aurait demandé de présenter sa démission, ajoute la même source.

Il note que plusieurs médias rapportent, selon des "sources proches du gouvernement", qu'ils qualifient de "fiables", que la présidence de la République aurait proposé au chef du gouvernement Hichem Mechichi, de procéder à un nouveau remaniement ministériel englobant six départements.

Deux d'entre eux seraient des magistrats et les quatre autres seraient les ministères de l'Energie et des mines, de la Formation professionnelle et de l'Emploi, de l'Industrie et celui de la Santé, fait-il savoir.

Ainsi, le nouveau remaniement concernerait les ministres ayant été antérieurement contestés par le président de la République qui, ajoutent les mêmes sources, refuse toujours que ceux faisant l'objet de suspicion de corruption ou de conflit d'intérêt, prêtent serment devant lui au palais de Carthage.

En Algérie, "Liberté" souligne qu'au-delà des grilles de lecture sur les résultats, les conditions du déroulement du scrutin, l’abstention historique qui l’a marqué, c’est sans aucun doute l’un des marqueurs, voire l’un des dégâts collatéraux de cette élection singulière : le recul effarant de la représentation féminine à la Chambre basse du Parlement.

De 146 femmes députées dans l’ancienne Assemblée, leur nombre est tombé à seulement 34 femmes, soit un taux passé de 31% à 8%, ajoute le journal, notant qu'il s'agit d'un "recul que ne peuvent expliquer le boycott massif des électeurs et l’absence de la mouvance démocratique à cette joute électorale".

A bien des égards, ce taux de représentation rachitique des femmes signe une régression à la fois pour la vie politique et pour la condition féminine et traduit sans nul doute le poids encore écrasant du conservatisme et du patriarcat, regrette l'auteur de l'article.

Signe emblématique de cette régression, le filoutage pendant la campagne des visages de certaines candidates, rappelle-t-il.

Il estime que comme si cette présence ne répondait, pour ceux qui parrainaient ces listes, qu’au souci de se conformer à une disposition de la loi électorale qui imposait la parité des candidatures, relevant qu'il s'agit-là d'une espèce de simple faire-valoir.

"Autre signe édifiant : les partis ayant mis en avant les femmes, comme ce parti qui s’enorgueillissait d’avoir 'ramené des fraises, mais sélectionnées, pas celles exportées en Afrique du Sud', ont été laminés lors du scrutin", fait-il observer.

Il souligne qu'en imposant un quota de 30% dans la foulée des réformes engagées après le "Printemps arabe", le président déchu n’ignorait pas le poids des résistances dans la société. Même si elle n’était pas dénuée d’arrière-pensées politiciennes, la loi d’alors visant l’élévation de la représentation des femmes dans les assemblées leur conférant une certaine visibilité.

Il note toutefois que faute de décisions audacieuses comme la révision du code de la famille, la réforme de l’école toujours prisonnière de l’obscurantisme et des forces de la régression, la représentation politique des femmes, pourtant assez présentes dans d’autres secteurs, s’annonce ardue.

Pour "El Watan", en plus du déficit de légitimité qu’elle traînera comme un boulet durant tout le mandat, la nouvelle APN butera sur une autre problématique de taille : constituer une majorité.

Les chiffres communiqués mardi dernier par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) donnent une future Assemblée populaire nationale (APN) mosaïque, commente-t-il.

Selon le quotidien, la nouvelle Chambre basse du Parlement n’a pas une couleur politique homogène et il y a de tout : du courant dit "nationaliste" à celui des "islamistes" en passant bien sûr par les indépendants qui ne forment pas, eux aussi, un bloc uni.

Contrairement à 1997, 2002, 2007, 2012 et 2017, la législature qui commencera dans une quinzaine de jours n’a pas de "leader", fait-il remarquer.

Le FLN, qui a gagné 105 sièges, reste minoritaire à l’APN et il ne pourra pas imposer sa voix devant les 300 députés représentant d’autres partis, dont son frère ennemi le RND, qui est arrivé 4e avec 58 sièges, poursuit-il, relevant que les partis islamistes aussi n’auront pas la possibilité de contrôler l’Assemblée.

Sur les six formations engagées dans la compétition électorale, uniquement quatre, en l’occurrence le MSP, El Bina, le FJD et le Front de l’Algérie nouvelle, ont pu obtenir le quitus pour siéger à l’Assemblée en totalisant 107 députés, s’ils décident de former une alliance verte.

Ainsi, les "gagnants" de ces législatives sont contraints de passer à la table des négociations en vue de former des alliances capables de les aider à trancher les questions urgentes, dont celle d’élire le nouveau président de l’APN, les vice-présidents et les présidents des commissions, note la même source, estimant que la bataille devrait ainsi être rude et le jeu des coulisses devrait faire rage.

En Mauritanie, la presse locale s'attarde sur le projet de loi portant autorisation de la double nationalité sans passer par un décret présidentiel.

Cité par les médias mauritaniens, le ministre de la Justice, Mohamed Mahmoud Ould Cheikh Abdoullah Ould Boya a précisé que les détenteurs de la double nationalité ne pourront pas devenir membre du Gouvernement ou occuper des postes électifs comme la Présidence de la République et les fonctions de député et de conseiller régional ou municipal.

"Le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani avait promis de régler le problème des Mauritaniens qui ont la nationalité d’un autre pays tout en voulant garder les liens étroits avec leur pays d’origine et avec leurs familles", a rappelé Ould Cheikh Abdoullah Ould Boya.

Adopté par le conseil des ministres, le projet de loi permettant aux Mauritaniens d'avoir la double nationalité a été vivement saluée par l’Union des bureaux des communautés mauritaniennes dans le monde, relèvent les médias tunisiens.

Le président de l’Union, le député Mokhtar Ould Khlifa, a souligné, lors d'une conférence de presse tenue jeudi à Nouakchott, l'importance primordiale de cette décision, que les migrants attendaient depuis longtemps.