Revue de la presse quotidienne internationale maghrébine

Rédigé le 21/06/2021
MAP


Tunis - La crise politique en Tunisie, les législatives boycottées par les Algériens et les derniers développements politiques en Mauritanie sont les principaux sujets abordés lundi par la presse maghrébine.

Sous le titre "Le peuple, l'ultime recours !", "Tunis-Hebdo" écrit que les événements se sont accélérés la semaine écoulée en Tunisie avec une série de faits et de positions qui pourraient changer de façon radicale le paysage politique dans un futur proche.

Ces changements sont intervenus grâce aux déclarations du Chef de l'Etat, et ses opinions, sur un certain nombre de questions, explique-t-il.

Il note que l'optimisme affiché à la fin de la semaine précédente, quant à un démarrage du dialogue national, s'était décuplé avec la réunion du président Kaïs Saïed avec le chef du gouvernement Hichem Mechichi et trois de ses prédécesseurs.

Il ajoute que bien que cette réunion ne puisse avoir aucun sens, les quatre personnages étant des symboles de l'échec de la gouvernance du pays, elle n'en laissait pas moins percer une lueur d'espoir.

"Or, tout s'est écroulé avec la 'révélation' du Chef de l'Etat relative à une tentative de l'écarter du pouvoir par un sombre personnage qui aurait cherché l'aval d'une puissance étrangère, y compris par l'élimination physique", explique-t-il, estimant que cette nouvelle a constitué une véritable "bombe" pour l'opinion publique, pourtant habituée à la phobie du complot développée par le chef de l’Etat depuis son accession à Carthage.

Il souligne que certes, le ministère public a pris l'affaire en mains, et l'importance de parvenir à la vérité est fondamentale pour rassurer le peuple et, bien sûr, pour ne pas laisser impuni un "projet" de ce genre.

Ensuite, le fait de considérer les précédents dialogues nationaux (celui visé semble être de 2013) comme "n'ayant été ni dialogue, ni national, et lié à l'étranger", a engendré une levée de boucliers de la part des principaux acteurs, déplore l’auteur de l’article, relevant que sur ce plan, le Chef de l'Etat a probablement commis un abus de langage, commente-t-il.

Pour sa part, l’éditorialiste de "La Presse de Tunisie" fait observer qu’une crise sans précédent ébranle la Tunisie, soulignant toutefois que les circonstances exceptionnelles où se trouve le pays exigent de tout mettre de côté est de se concentrer sur la situation épidémique hautement grave qui secoue au moins quatre gouvernorats.

"Des vies sont menacées. Des gens meurent dans des conditions effroyables. Les témoignages des citoyens en détresse brisent les cours. Les réactions braves et spontanées proviennent des personnes qui ont le cœur sur la main pour porter secours à ces régions sinistrées", fait-il observer.

Il estime qu’en ces temps de grisaille, c'est l'occasion de faire montre de son amour à sa patrie, sa terre natale, indiquant que pour le prouver, il suffit de tendre la main à tous ces Tunisiens qui crient au secours.

Selon l'éditorialiste, leur venir en aide par quelques moyens que ce soit est un acte de patriotisme, de dévouement et d'engagement et aussi une manière de porter haut et fort l'étendard de la nation et une marque d'estime à tous les martyrs qui ont arrosé de leur sang la terre de la patrie.

Car, aimer sa patrie, ce n'est pas uniquement être sous le drapeau, c'est aussi essayer de le conduire à bon port quand il est à la dérive, souligne-t-il, soutenant que c'est montrer aux Tunisiens et prouver au monde que la Tunisie est capable de se transformer et que son peuple y est prêt.

"C'est que ces Tunisiens, qui aiment tant ce petit pays, attendent que leur nation avance dans tous les domaines et pour tous malgré toutes ces embûches et ces menaces qui montent et qui inquiètent, qui s'appellent terrorisme, chômage, érosion du pouvoir d'achat", poursuit-il, notant que cela dit, ce n'est pas en cassant cette marche avec des grèves sauvages, des sit-in à n'en plus finir qu'on va redresser la compétitivité, qu'on va prouver son amour à son pays.

C'est en mobilisant tous les leviers économiques pour écarter la stagnation et c'est en impulsant une dynamique dans les régions et en engageant un combat contre les conservatismes - et ils sont nombreux - contre les populismes - et ils sont dangereux, qu'on va sceller ces liens, insiste-t-il.

En Algérie, "TSA" écrit que les élections législatives du 12 juin dernier ont été boycottées par les principaux partis de l’opposition, précisant que le scrutin, qui n’a pas connu une forte participation (23,03 %), a été remporté par les forces traditionnellement proches du pouvoir, avec le FLN en tête avec 105 sièges sur 407, suivi des indépendants (78), du MSP (64) et du RND (57 sièges).

Il estime que si les regards demeurent braqués sur ce que décideront les états-majors de ces partis quant à la formation du futur gouvernement, la réaction des formations de l’opposition, qui ont boycotté l’élection, était aussi très attendue.

Alors que le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) avait réagi dès le lendemain du scrutin, qu’il l’a qualifié de "farce électorale", le Front des forces socialistes (FFS) et le Parti des Travailleurs (PT) ont attendu une semaine pour le faire, relève-t-il.

Selon l’auteur de l’article, les deux partis ont mis l’accent sur le taux d’abstention record.

Dans ce sens, Youcef Aouchiche, premier secrétaire du FFS, a estimé, selon la même source, que les résultats du scrutin du 12 juin étaient la conséquence du " passage en force" du pouvoir.

Contrairement au PT, le FFS avait tergiversé avant de prendre la décision de boycotter les législatives. Le 14 février, une délégation du parti avait été reçue par le président Abdelmadjid Tebboune dans le cadre de ses consultations avec la classe politique, rappelle-t-il.

La rencontre, et les déclarations des responsables du parti qui l'ont suivie, avaient été interprétées comme le prélude à la participation du plus vieux parti d’opposition en Algérie au scrutin du 12 juin, mais le conseil national du parti a décidé le 3 avril, de ne pas y participer, après notamment une forte pression exercée par la base, poursuit la même source.

Aujourd’hui, il constate que le boycott massif du scrutin est le résultat du refus absolu du pouvoir "de toute solution politique en mesure d’ouvrir de nouveaux horizons pour le pays", ajoute-t-il.

Il fait observer que le jugement du Parti des Travailleurs n’est pas moins critique en soulignant que "le rejet est une manière de punir le système", "battu à plate couture".

Citée par le média, la secrétaire générale du PT Louisa Hanoune a expliqué que le système n’est ni renouvelable ni réformable et s’appuie sur une minorité fragile, ce qui ne manquera pas, selon elle, d’aggraver davantage la crise du système et de "fragiliser encore un peu plus ses institutions".

En Mauritanie, la presse locale relève que les partis politiques et la société civile s’apprêtent à engager une concertation politique qui évoquera toutes les questions nationales importantes.

Selon le président de l’union pour la république (UPR) au pouvoir, Sidi Mohamed ould Taleb Amar, cité par les médias locaux, l’ensemble de la classe politique et la société civile en Mauritanie se préparent à se réunir dans le cadre d’une concertation politique nationale.

Après une réflexion profonde et une entente entre bon nombre de forces politiques, cette concertation évoquera les questions nationales les plus importantes, relève la même source, qui ajoute que l’UPR veillera, au cours de cette concertation, à ce que prévaut un discours modéré, des propositions utiles et des réflexions constructives.

Les médias ajoutent que le président de l’UPR s’exprimait à l’occasion d’un atelier organisé par son parti à Nouadhibou et consacré à la consolidation de l’unité nationale et l’abolition de toutes les formes d’esclavage.

Ces médias estiment qu’il semble bien que les forces politiques du pays soient d’accord sur la formule "concertation nationale" au lieu de "dialogue national" qui a caractérisé le paysage politique cette dernière décennie ce que refusait la force politique qui était au pouvoir.

Ils rappellent que fin septembre 2016, l’ancien président Mohamed O. Abdel Aziz avait organisé un dialogue national boycotté par la majorité des partis politiques de l’opposition et qui avait convenu de certains amendements constitutionnels : le changement de l’hymne national, du drapeau national et la suppression du sénat.